et si les femmes en entreprises étaient
moins à l’aise que les hommes parce qu’elles n’ont pas été
autant à la messe ?
Soyons clairs, je n’ai rien contre
la messe. Lors de la messe de la veillée de Pâques, j’ai même
eu une révélation.
La Genèse, le sacrifice d’Abraham,
le partage des eaux lors de la fuite d’Egypte, la résurrection.
Peu d’histoires de femmes, un message cependant « enfantez »,
des valeurs : le dévouement, l’amour, le pardon. Dans la
salle, ou l’Eglise plutôt : beaucoup de femmes, en majorité
dirais-je. Auprès de l’autel, aucune : 20 hommes, prêtres,
séminaristes, autour du prêtre officiant.
Parmi les femmes de l’assistance,
combien ont des postes importants en entreprise ? et en général,
parmi les assidues à la messe, combien sont chefs ? et si je
posais la question au masculin ? mon petit doigt me dit que la
réponse serait tout autre, que cette assiduité soit présente ou
passée. Et pour cause, dans le sermon, dans la démarche, dans le
sourire assuré et rassurant, dans les gestes lents et répétés,
dans la confiance en soi partagée de ceux qui nous font l’office,
je reconnais le savoir-faire, le professionnalisme de mes
chefs…masculins. Un codir ressemble à s’y méprendre à un
office :
- il faut être à l’heure (arriver en retard à la messe était un pêché mortel au temps de mes parents),
- avoir ses documents prêts (son missel),
- connaitre l’ordre du jour n’est en revanche pas obligatoire – on peut le découvrir en séance,
- ne pas regarder son PC ou son téléphone – même s’ils donnent plus d’infos que ce qu’on a à disposition pendant la séance
- ne pas parler à son voisin, sauf lors des congratulations communes
- écouter, opiner, essayer de faire le lien entre ce qu’on entend et ses actions quotidiennes, voir ce que cela veut dire pour soi, à quoi cela s’applique
- ça dure une heure quand c’est bien mené, et c’est hebdomadaire
- etc. jusqu’au pot commun si tout va vraiment très bien et que c’est exceptionnel bien-sûr
(on pourrait continuer ces comparaisons
avec d’autres rites : la confession/évaluation mensuelle ;
la première communion / le passage en bande E, la communion
solennelle /le passage en bande F…mais revenons à nos moutons)
Ainsi, un codir, animé par un homme,
qui lui-même aura été assidu à la messe dans son jeune âge,
prend une tournure tout-à-fait naturelle, habituelle, qui ne remet
rien en cause, donc rassurante, paisible, réjouissante même.
Mais que dire d’un codir animé par
une femme ? Déjà, si j’en crois mon intuition, cette femme,
pour arriver à un tel poste, n’aura pas forcément été aussi
assidue à la messe : ce n’est pas vraiment dans la culture/
les habitudes de la religion que de pousser les jeunes femmes à
prendre des responsabilités risquant d’entraver une présence
maternelle. Ou alors, elle aura montré une telle force de caractère
pour ne pas se plier à ce qui ce serait attendu d’elle, qu’elle
en est devenue différente.
En étant moins assidue à la messe :
comment réinventer un codir ? comment saluer ? comment
prendre la parole ? comment la distribuer ? comment faire
passer ses messages ? comment récompenser ? comment
encourager ? La femme manager pourra trouver des solutions
seules bien-sûr, mais elle aura d’autant plus de probabilité de
trouver des solutions originales, inattendues, par rapport à ce
qu’attendrait une assistance d’hommes.
Et ceci, plus on montre en grade dans
les sociétés : en effet, j’ose penser que les hommes chefs
n-1 auront été plus assidus à la messe que leur chef chef femme
(de rang n) : ils s’attendront plus ou moins consciemment
d’autant plus à une attitude habituelle de chef d’office dans
leur chef.
donc pour une femme, je pense non
seulement
- qu’il lui manque des codes de
conduite qui marchent et font sens, lorsqu’elle anime un codir
- qu’elle doit encore plus travailler
pour mettre en place une nouvelle méthode qui marche – méthode
non copiée
- qu’elle doit aussi faire face à
une assemblée qui ne s’attend pas à de telles différences de
façons de faire
- sans compter qu’elle a du
certainement plus se battre pour en arriver à ce niveau de
responsabilité
C’est la quadruple punition :
elle aura travaillé plus pour arriver là, elle aura du inventer sa
façon de gouverner, elle n’a pas assimilé les code éprouvés et
qui marchent, et finalement, ce qu’elle fait ne correspond pas aux
attentes de ses collaborateurs.
Donc un conseil pour les entreprises :
pour se réinventer, faire autrement, être plus rapide, plus agile,
donc si vous voulez vraiment du changement : vous prenez une
femme ou un homme ?
et un conseil aux femmes chefchefs :
si vous voulez ne pas cumulez toutes les difficultés à la fois :
allez à la messe, vous ne pourrez qu’en apprendre.
enfin, un conseil pour l’Eglise :
ordonnez des femmes prêtres !
loin de toute plaisanterie, ces
réflexions font écho à l’ouvrage de Sheryl Sandberg, COO de
facebook « lean in », où j’y ai lu un fait qui a
changé ma façon de voir le monde et m’a apporté beaucoup de
compréhension, et de pardon : Sheryl Sandberg y expose un cas
de recherche : de mémoire « the Howard and Alice case ».
voici ce dont je me souviens : A Harvard, une étude a été
menée auprès des élèves d’une promotion (environ un millier
d’étudiants) en les séparant en deux groupes (avec autant
d’hommes que de femmes dans chacun des deux groupes, les promotions
d’Harvard étant elles-mêmes assez paritaires). A chacun des
groupes, on donne une étude de cas d’une personne qui a
particulièrement bien réussi en entreprise, en gravissant les
échelons et en étant « successul » sur tous les aspects
business habituels (chiffres d’affaires en croissance, marge aussi,
satisfaction clients et salariés,…). A la suite de cette lecture,
les étudiants sont invités à qualifier cette personne, de donner
leur avis sur elle, et de dire s’ils aimeraient être embauchés
par cette personne ou bien l’embaucher si le cas se présentait.
Les deux groupes ont le même cas, qui est un cas réel, celui
d’Alice, sauf que pour un des groupes, on a chanjngfvgb gé le
prénom féminin d’Alice en Howard, prénom masculin. Les réponses
aux questions provenant des deux groupes sont très différentes et
dérangeantes : le groupe qui a étudié l’ascension et le
succès professionnel d’Howard veulent travailler avec lui, lui
trouve tout plein de qualités ; le groupe qui étudie Alice (et
c’est exactement le même cas, seuls les prénoms diffèrent) la
qualifie d’ambitieuse, de « bossy » (mot péjoratif
signifiant « faire son chef, autoritaire », opposé à
« boss » le patron, qui est respectueux), ne veulent pas
l’embaucher ni être embauchés par elle. Le pire : les femmes
et les hommes de chacun des deux groupes répondent de la même
façon : ce qui signifie que même les femmes ne s’attendent
pas à voir une femme avoir du succès dans des critères purement
business.
Sheryl Sandberg conclue que la société
n’est vraiment pas prête à accepter des femmes dans des hauts
postes à responsabilité business.
Récemment encore dans mon entreprise,
lorsque des femmes ont été promues à des postes élevés, beaucoup
ont parlé de quota, « ca ricanait dans les couloirs »,
alors qu’aucune remarque n’aurait été faite s’il s’était
agit, comme c’était généralement l’habitude, de nommer des
hommes.
mon interrogation : pourquoi ?
et peut-on changer cela ?

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire